Depuis le gouvernement Gizenga en 2007 jusqu’à celui de Judith Suminwa en 2025, les conseils des ministres en République Démocratique du Congo sont souvent marqués par des décisions spectaculaires, mal préparées, et aux conséquences désastreuses. Cette rétrospective critique met en lumière les lacunes récurrentes dans la gouvernance congolaise.
Adolphe Muzito (2008–2012) : Un budget de combat sans exécution
- Décision : Lancement d’un budget ambitieux pour la reconstruction ;
- Problème : Absence de suivi et de transparence ;
- Conséquence : Projets non réalisés, fonds détournés.
Matata Ponyo (2012–2016) : Entre illusion économique et gestion opaque
- Inégalités territoriales flagrantes
Matata Ponyo n’a jamais visité les provinces en crise (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri), malgré l’insécurité croissante. À son départ, le nombre de groupes armés avait explosé, passant d’environ 40 à plus de 120, notamment dans sa province d’origine, le Maniema.
- Stabilité macroéconomique trompeuse
L’économie semblait stable : inflation basse, taux de change maîtrisé. Mais cette façade reposait sur des mécanismes artificiels : réserves de change, crédits relais du FMI, appuis budgétaires extérieurs. Une stabilité étouffante, sans fondations durables.
- Projets mal gérés et surfacturés :
Immeuble intelligent : prévu à 26 millions $, terminé à près de 40 millions $, sans parking fonctionnel ;
Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo : 285 millions $ annoncés, 205 millions soupçonnés détournés selon l’IGF, avec surfacturations et recrutements irréguliers.
- Dossier des biens zaïrianisés : indemnisation fictive
En 2011, Matata lance une compensation pour 300 victimes expropriées sous Mobutu. Mais aucun bénéficiaire identifiable. Environ 150 millions $ extraits du Trésor sans traçabilité, dans ce qui ressemble à une opération fantôme.
Samy Badibanga (2016) : Immobilisme administratif
- Décision : Mesures symboliques sans vision claire :
- Problème : Gouvernement de transition sans programme structuré ;
- Conséquence : Mandat court, peu d’impact.
Bruno Tshibala (2017–2019) : Un gouvernement pléthorique
- Décision : Composition d’un gouvernement de plus de 65 membres ;
- Problème : Conflits de compétence, redondances ;
- Conséquence : Inefficacité, confusion administrative.
Sama Lukonde (2021–2024) : Contrats controversés et gestion floue
- Décision : Lancement de projets de forages et kits solaires ;
- Problème : Paiements anticipés sans garanties ; exécution physique de 7 % pour un contrat payé à 100 % ;
- Conséquence : Soupçons de corruption, absence de résultats concrets ;
- Autre controverse : Maintien du gouvernement démissionnaire malgré l’incompatibilité constitutionnelle.
Judith Suminwa I (2024–2025) : Un gouvernement de discours
- Décision : Programme ambitieux de 92,9 milliards USD sur 5 ans ;
- Problème : Absence de résultats visibles ;
- Conséquence : Déception populaire, critiques sur le manque d’impact ;
- Autres lacunes :
Hausse des dépenses de fonctionnement malgré les promesses de rigueur ;
Recyclage de figures politiques sans rupture réelle ;
Inclusion symbolique de l’opposition, sans pouvoir décisionnel.
Conclusion : Gouverner, ce n’est pas improviser
Les gouvernements successifs en RDC semblent piégés dans un cycle de décisions précipitées, de promesses non tenues et de gestions opaques. Pour rompre avec cette tradition, il faut :
- Une planification rigoureuse ;
- Des études d’impact avant toute mesure ;
- Une transparence budgétaire ;
- Une écoute réelle des citoyens.
info@masmik.com